> Du côté des professionnels : l'adaptation ou la pèriode de familiarisation, un acte pensé et réfléchi

Pèriode d'adaptation

Pour de nombreux professionnels, la période d'adaptation (ou de familiarisation) est source d'angoisse et de fatigue. L'équipe a terminé un travail avec un groupe d'enfants avec qui des liens d'attachement s’étaient construits au cours de l'année précédente. Il va falloir tout recommencer. D’autant qu'après les vacances, la reprise se fait parfois avec un changement d'équipe au sein de la section ou de la crèche. Avec de nouveaux projets à la clef. Le professionnel des EAJE (établissements d'accueil des jeunes enfants) doit être un champion de l’adaptation à tous les changements !

La rencontre avec un bel inconnu ou plutôt de beaux inconnus:

Septembre a sonné le glas de l'ancien groupe d'enfants et annonce la découverte de petits nouveaux. Evidemment, cela coûte de l'énergie physique mais aussi affective. On en retrouve des petites traces dans des petites phrases comme : « il me fait penser à un tel ou une telle ». Ce n’est pas de la nostalgie ! Mais le vécu avec d'autres bébés constitue une aide dans les adaptations. Cette expérience permet de s'adapter plus facilement à l'arrivée des nouveaux bébés car on n'est plus face à un inconnu mais à quelqu'un qui ressemble à un enfant avec qui on a plus ou moins aimé être. Puis les accueillantes affineront leur ressenti et découvriront des différences. Les paroles des parents commenceront à résonner dans  leur tête et elles parviendront à décrypter les signes et gestes du nourrisson. Dans un monde parfait, les professionnelles, en comparaison avec les parents, ne devraient avoir qu'une adaptation/rencontre de bébé à la fois.

Malheureusement, le travail en crèche demande d'être souple psychiquement car on s'adapte à plusieurs enfants/familles en même temps. Cela implique de se souvenir de petits détails qui ont de l'importance pour le bébé sur les « comment faire avec lui pour le sécuriser ». Il ne faut pas  hésiter à prendre des notes sur sa fiche quand le bébé montre des difficultés à s'adapter car, on le sait bien, la référence n'est que théorique donc nous vous serez amenés à partager ce savoir de l'intime. Vous pouvez recueillir certains éléments lors de l'échange avec les parents : la vitesse de la tétine du biberon ou sur la technique qui aide l'enfant à s'endormir. Vous entendez des phrases : « Ma collègue fait comme ça mais moi, je suis pas à l'aise avec ça donc je fais comme ceci ». Qui a fait le plus d'effort pour accepter ce changement ? Il est important que les accueillantes soient à l'aise mais, concernant l'enfant, comment estimons-nous son confort ?  
Il y a parfois une mauvaise interprétation de la part des accueillantes. On considère à tort qu'un enfant qui ne pleure pas a été bien adapté et un autre qui pleure ne l'est pas. Or, on néglige souvent l'importance du terme « adaptation ». Qui doit s'adapter ? L'enfant à la crèche ou la crèche à l'enfant ou le professionnel à l'enfant ? Nous observons souvent des bébés qui se sont adaptés aux rythmes de la crèche mais non l'inverse. Pourtant, dans le projet pédagogique et éducatif, il sera noté l'importance du respect du rythme de l'enfant mais, pour des raisons d'organisation de l'institution, il y aura souvent des entorses à ces projets.  

Les poupées gigognes de l'adaptation:

Peut-on dire, que dans un premier temps, l'institution « crèche » s'adaptera au bébé ou devrais-je dire à la famille ? Que veut dire l'institution « crèche » ? Cela indique que l'équipe de direction mettra en place des plannings pour que la personne qui reçoit la famille soit la plus disponible et ne soit pas déjà avec un autre enfant en fin d'adaptation, par exemple. Cela montre également que la direction et les membres de la section s'organisent en amont et non en présence de la famille sur la disponibilité de l'accueillante et de la prise en charge des bébés dont qu'elle s'occupera. Le manque d'organisation sur les temps d'adaptation angoisse énormément les jeunes parents et, par résonnance, les bébés. Il est assez désagréable d'arriver dans une section et de voir un parent qui attend que la référente arrive ou soit indisponible pour eux. Il y a pire, quand personne ne savait qu'une famille devait arriver... Ce petit échantillon de situations laisse un espace où les jeunes parents observeront des moments sans la médiation d'un professionnel qui verbalisera la vision.

Une des tâches les plus importantes lors des temps de présence des parents dans la section est de décrire ce qu'ils observent comme nous le faisons pour les bébés qui arrivent. L'inconnu fait peur mais les mots expliquent et rassurent les situations qu'on ne maîtrise pas. Pour un jeune parent, un bébé qui pleure est le signe d'un mal-être. Or, pour le professionnel, cela mettre en avant un signe de sommeil, de faim. C'est une communication bilatérale entre l'adulte et un bébé. Vous montrez aux parents que vous connaissez individuellement les enfants et il en sera ainsi pour leur bébé. En préparant l'arrivée d'un bébé par des petits gestes ou une installation de jouets, c'est déjà un soin : nous sommes déjà dans le « holding » de Winnicott. Vous êtes déjà dans l'accueil, la rencontre de l'autre. Vous devez présenter aux enfants de la section le nom du nouveau bébé régulièrement car ils apprennent dans la répétition et il est indispensable de faire cet effort car vous êtes déjà dans la socialisation des enfants. Ils ne sont pas des objets mais des êtres de langage et qu'on les considère comme des sujets et non des objets.

Aucune adaptation ne se ressemble, tout dépend du bébé … ou (et) de ses parents:

On confond parfois la capacité d'un « bon » accueillant avec la réussite chronométrée dans certains gestes du quotidien : l'endormissement, les repas ou les changes. Intégrer un bébé dans une section  ne signifie pas réussir à l'endormir en le berçant en trois minutes mais lui permettre de trouver son rituel d'endormissement propre à la crèche. Souvent, on finira par lui reprocher de solliciter un adulte pour la sieste. L'enfant sera accompagné dans les moments de la journée pour progressivement trouver sa façon de faire. Maria Montessori avait cette jolie idée de dire qu'un professionnel fait beaucoup en début d'année pour accompagner les jeunes enfants. Puis, en fin d'année, le travail mis en place pour autonomiser l'enfant devait lui permettre de rester assis sur une chaise et de seulement parler aux élèves. Evidemment, cette idée doit être ajustée selon les sections et l'âge des enfants mais nous devrions déjà avoir cette optique lors des premiers temps avec les parents et l'enfant. Souvent, l'enfant s'endort seul chez lui et il montre sa capacité à trouver ses solutions si on lui laisse le temps et si on lui procure un accompagnement satisfaisant. Vous me direz : « mais la maison, ce n'est pas la crèche ! » et je vous répondrai que je suis d'accord mais la sécurité de base ou intérieure se construit en nous.

Nous accompagnons les enfants pour que leur estime d'eux ou leur sécurité de base ne changent pas selon les lieux et les interlocuteurs qui sont face à eux. C'est justement un travail qui commence à l'adaptation car si, dès les premières minutes dans la section, vous indiquez à l'enfant qu'il n'est pas apte de faire seul alors que vous prônez l'autonomisation dans le lieu, vous êtes dans un discours paradoxal. Il y a souvent un double discours chez les professionnelles : un discours verbal et un discours du corps qui se contredisent mais que l'enfant interprète et qui peut l'insécuriser. Ce double discours apparaît souvent dès la première séparation. Lorsque vous accueillez un bébé dans vos bras, vous remarquez que le parent hésite ou a du mal à vous le confier. Vous avez votre corps qui se tend et le bébé le ressentira mais vos mots diront que « ça ira » alors que votre corps signale un stress (cœur qui bat plus vite, geste hésitant, tension musculaire). Le bébé connaît bien ces signes et réagira par des pleurs. Parfois, selon son niveau d'anxiété, il faut éviter de toucher le corps de l'enfant pour ne pas le contaminer.
Accueillir ne signifie pas forcément porter mais reconnaître l'autre et sa capacité à être sécurisant. Il y a des familles où vous devrez faire le travail d'accueil juste avec les enfants. Dans certains cas les parents ne  trouvent aucun intérêt à l'adaptation car l'enfant a déjà été gardé. Dans d'autres situations, le parent sur la défensive parle peu ou encore l'adaptation est réalisée parla nounou, voire les grands-parents. Dans ces cas-là, vous travaillerez avec le bébé et vos outils seront l'observation, l'expérience, les réactions de l'enfant et les vôtres.

Mais, il existe aussi des situations où vous devrez rentrer en contact d'abord avec le parent quand l'enfant montrera des signes de refus. Vous les connaissez : l'enfant reste sur les jambes des parents ou près d'eux et refuse tout contact avec les personnes autour de lui. Vous utiliserez alors une technique qui consiste à obtenir la confiance des parents et un lien avec eux. A partir de ce lien, les signes que les parents enverront vers vous seront positifs et, l'enfant par imitation, pourra progressivement accepter votre présence. Cette méthode est parfois plus difficile pour certaines accueillantes qui restreignent les communications au sujet de l'enfant. Or, dans cette situation, vous devez justement passer à un sujet qui concerne le parent : son travail, ses passions. Le but est d'obtenir un lien avec lui car, souvent, le parent masque une anxiété qui aura un effet sur le comportement du jeune enfant. En faisant descendre l'anxiété du parent, l'enfant se détendra également et pourra abaisser ses craintes face à l'adulte.

Bien se connaître pour mieux accueillir l’enfant !

Un point important pour bien accueillir les familles et les jeunes enfants est à soulever : il faut se connaître pour bien rencontrer l'autre. Des bébés qui sont parfois en difficulté ne sont pas forcément des anxieux ou des angoissés. Il est important de faire l'évaluation de ce qui nous appartient et de ce qui appartient à la famille et l'enfant dans la difficulté de se sécuriser.

 

                                                                                                                  Article publié dans "Les pro de la Petite Enfance"
                                                                                                                 Rédigé par Frédéric GROUX (EJE, psychologue de crèche)

 

 

 

 

 

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